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"La connaissance constitue la clef du succès à l’époque numérique."

Francesco Franzoni Bild Aug 2018

Francesco Franzoni
Professor, Swiss Finance Institute

Francesco Franzoni est une personnalité au profil scientifique. Ce professeur de finance à l’Université de la Suisse italienne a rejoint le Swiss Finance Institute (SFI) en 2007. Diplômé en sciences économiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT), il a vu ses résultats de recherche publiés dans les principaux journaux financiers du monde entier et débattus dans la presse internationale. Il intervient régulièrement lors de prestigieuses conférences financières et partage à ces occasions la thèse selon laquelle la connaissance constitue précisément la clef du succès à l’époque numérique.

 

Monsieur Franzoni, permettez-nous de commencer cet entretien avec une question personnelle sur votre environnement professionnel. Qu’est-ce que le succès pour vous ?

Pour moi, en tant que chercheur, la réussite consiste à contribuer de manière utile à l’accroissement des connaissances. En ce qui concerne la finance, mon domaine mais aussi un champ d’investigation relativement récent, nous avons accompli des progrès considérables dans la compréhension du fonctionnement des marchés et des institutions. Nous avons aussi développé un sens aigu de ce qui constitue un comportement judicieux en matière de placement pour les investisseurs particuliers comme pour les investisseurs institutionnels Je pense également que nous connaissons désormais bien les déterminants des crises financières, y compris ceux des plus récentes. Néanmoins, il nous faut encore nous améliorer sur certains points tels que la prévision des crises et la définition de stratégies pour les éviter. C’est la raison pour laquelle j’essaie, dans le cadre de mes recherches, d’identifier les dysfonctionnements des marchés financiers actuels susceptibles de mettre en péril la stabilité de ces derniers.

Quelle a été la meilleure décision de votre carrière professionnelle ?

Il est fort possible que ma meilleure décision ait été de rejoindre le Swiss Finance Institute de l’Université de la Suisse italienne (USI). Le dynamisme de l’environnement académique et la convivialité de l’atmosphère de travail qui règnent à Lugano ont considérablement augmenté ma productivité – sans compter la qualité de vie en Suisse de manière générale et au Tessin en particulier.

Qu’est-ce qui vous motive ?

C’est sans doute la soif de connaissances qui m’anime en priorité. À mon sens, c’est elle qui aide le chercheur à dépasser l’absence de sécurité en ce qui concerne l’obtention de résultats dans son travail au quotidien. Dans ma profession, les progrès ne suivent pas un cours linéaire, mais s’effectuent par étapes. Il existe de longues périodes au cours desquelles il ne se passe rien et où l’on doit seulement essayer d’explorer différents champs de réflexion et de conserver une attitude ouverte et positive.

Sur quelles valeurs vos actions, décisions et plans reposent-ils au quotidien ?

Sur quelles valeurs vos actions, décisions et plans reposent-ils au quotidien ? Un chercheur dans le domaine de la finance doit toujours garder à l’esprit les bénéfices de son activité pour la société. Souvent, la discipline est désignée comme une spécialité visant à étudier les moyens de gagner de l’argent le plus efficacement possible. S’il est vrai que dans un premier temps nous examinons la manière dont les investisseurs tentent de maximiser leurs profits, je m’efforce toujours pour ma part d’orienter mes travaux vers la prospérité de la société, car, au final, la recherche universitaire est en grande partie financée par l’argent des contribuables. Pour moi, c’est donc une obligation morale de trouver un lien entre mes recherches et les besoins de mes concitoyens. Dans les sociétés modernes et en particulier en Suisse, la finance joue un rôle majeur, de ce fait, la recherche qui traite de ces questions devrait servir à améliorer le fonctionnement de nos économies nationales.

Que préférez-vous dans votre métier et qu’aimez-vous le moins ?

J’adore avant tout me lancer dans un nouveau projet de recherche. C’est le moment où l’on peut dérouler le fil d’idées inédites : une période de grande créativité et d’effervescence ! Le volet que j’apprécie le moins recouvre le processus de validation auquel est soumis tout article de recherche avant publication. De nombreux aspects différents entrent ici en jeu, par exemple les préférences et les centres d’intérêt personnels du comité éditorial. Cela rend le processus parfois frustrant et lui fait perdre de son objectivité scientifique. Pourtant la concurrence entre chercheurs est souhaitable car elle accroît la productivité du système dans son ensemble. Il arrive toutefois – et il faut le dire – que la compétition crée des incitations absurdes qui entravent réellement les progrès de la science.

À quels problèmes la classe politique et les autorités publiques devraient-elles s’atteler sans attendre ?

Je suppose que vous faites allusion à la politique économique qui sous-tend de toute façon de multiples facettes de l’action publique. Je suis un fervent défenseur de l’économie de marché. Mais pour bien fonctionner, les marchés requièrent consensus, confiance et des participants bien informés. À mon sens, le niveau des inégalités, que nous observons dans nos économies développées mais aussi entre les pays, sape le consensus et la confiance dans les marchés. Même les processus démocratiques tels que nous les connaissons en pâtissent. Dans l’intérêt de nos démocraties et de nos économies nationales, les décideurs politiques devraient notamment tout mettre en œuvre pour que l’ensemble de la population dispose d’un accès équitable au marché. Cela implique que les individus jouissent d’un niveau de formation suffisant pour comprendre les règles de fonctionnement en vigueur. Par ailleurs, il faudrait que le système scolaire dote les personnes d’un capital humain leur permettant en permanence de s’adapter de manière flexible aux changements majeurs inhérents au développement technologique par exemple. Enfin, les décideurs politiques doivent s’engager pour que les exclus que le monde du travail a rejetés suite aux mutations technologiques puissent continuer à se former et ainsi se réinsérer professionnellement.

Comment trouvez-vous un équilibre dans vos loisirs ?

En plus du temps que je consacre à ma famille et à mes amis, j’essaie de faire du sport. En hiver, je m’adonne avec plaisir à ma discipline favorite, le ski, tandis que le reste de l’année, je fais beaucoup de vélo de course. La lecture et les activités culturelles – cinéma, théâtre et expositions d’art – comptent également beaucoup pour moi.

À quoi ne pourriez-vous pas renoncer dans la vie ?

Il me serait difficile d’être coupé de la nature. Je dois vivre dans un endroit qui me permette d’accéder relativement facilement à la montagne et à la campagne. J’ai besoin de ces deux environnements pour pratiquer mes loisirs. En outre, j’ai le sentiment que la nature m’apaise et contribue à réduire le stress accumulé pendant une semaine de travail. À cet égard, Lugano se révèle fantastique. Il est en effet très facile de se rendre en montagne et de profiter des plus beaux sommets du monde ; les splendides rives du lac se prêtent quant à elles parfaitement au cyclisme. Et, en revanche, si l’on a envie de retrouver l'ambiance tumultueuse des grandes villes, Milan et Zurich ne sont pas loin.

Que recommanderiez-vous à un jeune qui débute dans le métier et choisit l’Asset Management ?

De nos jours, le mot d’ordre est fintech. C’est la raison pour laquelle je recommanderais à mes étudiants d’apprendre les fondamentaux de la programmation et de comprendre le fonctionnement des intelligences artificielles. C’est d’ailleurs précisément ce que propose notre nouveau cursus de master en fintech dispensé à l’USI à Lugano. Nous présentons à la nouvelle génération de professionnels de la finance les outils qui leur permettront de maîtriser les nouvelles technologies, car ces instruments joueront prochainement un rôle dominant dans la gestion de fortune et le secteur financier.

Quel livre lisez-vous actuellement ?

Je lis l'ouvrage d’Edward Baptist intitulé The Half Has Never Been Told: Slavery and the Making of American Capitalism (1). Ce récit fascinant raconte le rôle qu’a joué l’esclavage dans le développement économique des États-Unis. L’opinion courante américaine considère l’esclavage comme l’expression d’une société archaïque n’ayant rien à voir avec l’Amérique moderne. Une conception que démystifie l’auteur dans son livre : l’essor de la plus puissante économie nationale au monde repose en grande partie sur l’exploitation ou l’esclavage. En décrivant ces liens, Edward Baptist brosse un tableau clair du traitement inhumain qu’a subi la population noire pendant cette période sombre de l’histoire.

Que faites-vous pendant un court voyage ?

Je me plonge dans des articles de recherche ou dans un livre. Si je conduis, en revanche, j’écoute des podcasts : l’offre en la matière peut être très divertissante. Radio Atlantic traite par exemple de sujets politiques d’actualité ou de questions culturelles grand public – et le contenu n’est pas exclusivement américano-centré ! Je suis également EconoTalk, une émission qui invite des économistes de renom mais aussi des auteurs de livres de diverses sensibilités. Enfin, l’approche la plus originale demeure celle de FreakEconomics Radio, qui applique des concepts économiques aux domaines les plus surprenants, à l'instar des toilettes publiques.

Quel fond d’écran peut-on voir sur votre mobile ?

En règle générale, je garde le fond d’écran de mon téléphone noir, ce qui permet d’économiser de l’énergie et de prolonger la durée de vie de la batterie. Je ne supporte pas quand cette dernière est déchargée à la mi-journée. Actuellement, j’utilise comme fond d’écran WhatsApp une photo des nouveaux skis que j’ai achetés à la toute fin de la saison. Je les ai déjà étrennés et j'attends avec impatience l’hiver prochain pour pouvoir les utiliser de nouveau ! Je ne dévoilerai pas le nom de la marque mais il s’agit d’une paire pour slalom géant. Leur couleur est jaune avec une touche de blanc.