Portrait du mois

«La question essentielle à mes yeux est de maîtriser le changement climatique.»

Po M FINMA Thomas Hirschi

Thomas Hirschi
Chef de la division Asset Management de la FINMA, Berne

Thomas Hirschi est membre de la direction de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA). Il dirige la division Asset Management, à Berne, depuis le 1er janvier 2020.

 

Thomas Hirschi, le succès, c’est quoi pour vous?
Ma définition du succès, c’est d’atteindre à force de ténacité et d’esprit d’équipe les objectifs ambitieux, mais réalistes, que l’on s’est fixés.

Quelle est la meilleure décision que vous ayez prise dans votre carrière professionnelle?

Celle d’accepter l’offre qui m’avait été faite de mettre en place la nouvelle autorité de surveillance de la place financière internationale Abu Dhabi Global Market. Suivre ainsi «l’appel du désert» ne va pas sans risques professionnels, mais c’est une décision que je n’ai jamais regrettée. Au contraire: elle m’a permis de vivre une période extrêmement instructive et enrichissante, au plan personnel comme au plan professionnel. Travailler à l’étranger ouvre de nouvelles perspectives et permet d’envisager son propre pays sous un jour nouveau. Un des aspects marquants pour moi a été d’être en contact avec des collègues du monde entier. Selon les cultures, on observe des différences ténues, mais importantes, en ce qui concerne la hiérarchie et la conduite, la gestion des conflits, la résolution des problèmes. Ces expériences sont utiles pour évoluer, à tous les niveaux.

Quel est votre moteur?

La volonté de bien faire ce que je fais. Je m’efforce d’être moi-même à la hauteur de ce que j’attends des autres. Etre apprécié de mes collègues et de ma hiérarchie, c’est très important pour moi. Et puis je suis aussi quelqu’un de curieux. J’aime bien être confronté à de nouveaux sujets ou à de nouveaux défis.

Au début de votre carrière, à quel défi majeur avez-vous été confronté?

J’ai vécu la crise financière de 2008 au plus près. A l’époque, en tant que jeune régulateur bancaire, je travaillais dans le domaine de la surveillance des grandes banques suisses et j’ai été confronté très tôt à des enjeux importants en raison de la crise. Les attentes étaient fortes, la pression également, et dans une certaine mesure l’issue était incertaine. C’était stressant, mais aussi riche d’enseignements. L’intervention de l’Etat au sein d’UBS a été le point culminant de cette période et sans aucun doute un moment clé dans ma jeune carrière. En fin de compte, j’ai découvert grâce à cette crise une qualité essentielle à posséder dans mon métier: savoir prendre des décisions rapides et réfléchies, même si les informations dont on dispose sont lacunaires. Si l’on attend sans rien faire, on est vite dépassé par les événements. C’est vrai en temps de crise, mais pas seulement.

Qu'est-ce qui vous a poussé dans la voie qui est la vôtre aujourd'hui?

Bien des tournants dans la vie sont le fruit du hasard. Par exemple, travailler dans le domaine de la surveillance des marchés financiers n’a jamais été une intention arrêtée de ma part. En revanche, j’ai toujours été motivé par la possibilité de faire bouger les choses et de participer à l’évolution de la société. C’est ce que me permet mon activité au sein de la FINMA.

Selon vous, quelles sont les questions dont les responsables politiques et les autorités devraient s’emparer sans tarder?

A l’évidence, les urgences ne manquent pas. Mais la question essentielle à mes yeux est de maîtriser le changement climatique. Il s’agit typiquement d’un «common action problem», comme on dit en science politique. Agir seul pour protéger l’environnement n’a que peu d’impact direct si l’on n’est pas suivi par d’autres. Et l’on préfère souvent montrer les autres du doigt que d’agir soi-même. Or la société dans son ensemble est très fortement impactée par le changement climatique et il y a urgence à agir, pour nous tous. La politique doit trouver à cet égard des réponses fortes, ce n’est pas le marché qui y arrivera. Et sans doute faudra-t-il que l’Etat intervienne et prenne des mesures incitatives pour pousser chacune et chacun à modifier ses comportements.

Pendant vos loisirs, qu’est-ce qui est pour vous un facteur d'équilibre?
Je joue au tennis et au football, j’aime bien la randonnée ainsi que les moments entre amis ou en famille. Je lis aussi beaucoup et je joue aux échecs de temps à autre.

Avec qui auriez-vous plaisir à partager un repas?

Avec Roger Federer. J’aimerais le remercier pour les heures magnifiques passées à le regarder jouer au fil des années – le plus souvent devant mon poste de télévision, mais aussi plusieurs fois dans les tribunes. Tant de victoires sensationnelles, de douloureuses défaites, d’émotions... inoubliable.

Quelle est votre destination de voyage préférée?

Le Mexique. Mon épouse est originaire de là-bas et nous avons naturellement une relation très forte avec ce pays et ses habitants. La diversité de la société, l’histoire et la culture, et bien sûr les saveurs de la cuisine mexicaine – nous retrouvons tout cela avec un immense bonheur à chaque fois que nous faisons le voyage. Même s’il y a une ombre au tableau, à savoir l’impuissance du pays face à la brutalité des cartels de la drogue...

Avec le temps, qu’est-ce qui gagne – ou perd – de l’importance à vos yeux?

J’ai l’impression qu’en vieillissant, on ne sait pas forcément mieux ce que l’on veut, mais on sait très bien ce que l’on ne veut pas. Aujourd’hui, j’ai moins besoin d’être impliqué en permanence et toujours en route. J’apprécie les moments où il ne se passe pas grand-chose et j’en profite pleinement.

Quel livre lisez-vous actuellement?

«Rien», de Janne Teller. C’est ma fille qui m’a conseillé de lire ce livre, elle l’a étudié en classe. Il parle d’adolescents et de ce qui constitue à leurs yeux le sens de la vie. C’est une interrogation que nous avons tous et à laquelle nous répondons différemment selon notre âge. La vision des jeunes m’intéresse. Et qui sait: peut-être que cela m’aide à mieux comprendre mes deux adolescents!

Quelle était votre matière préférée à l'école?
L'histoire. Connaître l’histoire permet de mieux comprendre l’actualité. De réfléchir en termes d’époques, plutôt que de garder la courte vue du contemporain. C’est plus important que jamais aujourd’hui. La numérisation, les évolutions sociales, le changement climatique et les tensions politiques constituent un mélange qui pourrait bien se révéler explosif. Certes, l’histoire ne nous dit pas ce qu’il faut faire au moment présent, mais elle peut sensibiliser les décideurs à l’importance de leurs actes et les aider à développer une vision à long terme.